AE-Salut RUN, on entend parler de Mutafukaz un peu partout, mais Mutafukaz, c’est quoi ?
RUN : Mutafukaz est le nom de la série de bande dessinée dont je suis l’auteur. La trame principale relate l’histoire de deux petits losers confrontés à un complot titanesque qui les dépasse complètement… Mais l’univers de Mutafukaz ne s’arrête pas à ces deux personnages que sont Vinz et Angelino. Mutafukaz c’est avant tout les destins croisés d’une pléthore de personnages aussi divers que variés. Le mot « Mutafukaz » est un dérivé que j’ai inventé du slang latino « Muthafuckaz », qui veut tout simplement dire « Motherfuckers ». Inutile de vous préciser qu’avec un titre pareil, on est dans le bain dès la couverture !
AE-peux-tu nous présenter en quelques mots le tome 0 ?
RUN : Le tome 0, intitulé de manière désuète It Came From the Moon, est en quelque sorte la genèse de l’univers, le pourquoi du comment… Je vais éviter d’en dire trop afin de ne pas spoiler, mais je conseille aux lecteurs qui voudraient découvrir la série Mutafukaz de ne pas commencer par le tome 0, pour se préserver des quelques révélations qu’il contient et ne pas déflorer l’intrigue mise en place dans les tomes 1 & 2… Pour ceux qui connaissent déjà la série, ce tome zéro est un tome bonus, qui va leur permettre d’approfondir l’univers et d’en savoir plus sur les origines du complot. Je n’ai pas bossé cet album tout seul comme les précédents, j’ai travaillé avec Bicargo, qui m’avait déjà filé un coup de main sur la mise en couleur de la scène dans le diner au beau milieu du désert, dans le tome2. Bicargo tu veux rajouter un truc ?
Bicargo : Oui ! Le tome 0 est une uchronie : un passé alternatif, une vision fantasmée du passé avec tout ce que l’on aimerait y voir (extraterrestres, monstres géants, personnages célèbres…)
RUN : Vous savez, on prend une situation historique réelle, on en modifie son cours, et on imagine ce que ça donne. Du genre : « …et si les allemands avaient gagné la guerre… », « et si les dinosaures n’avaient pas disparu », « et si les extraterrestres avaient débarqué pendant la guerre de cent ans »… Ces projections imaginaires dont les perspectives sont souvent fascinantes et vertigineuses…
Bicargo : Dans It Came From the Moon, nous avons réexporté l’histoire, et le récit traverse une partie du XXème siècle, des années 30 à aujourd’hui.
AE-Dans le court métrage Mutafukaz Opération Black Head, que tu as réalisé en 2OO3, il me semble bien qu’il y a déjà un avant-goût de ce tome 0, non ? On y voit Hitler, les fusées V2…
RUN : Tout à fait ! Cette préquelle est une idée que je mûris depuis mes premiers traits sur Mutafukaz. C’est ma façon de travailler. Je ne peux pas inventer une histoire dans un univers qui ne soit pas complètement défini.
AE- Alors que tout le monde attendait naturellement le tome 3 de Mutafukaz, pourquoi avoir choisi de sortir cette préquelle ? Le choix est plutôt surprenant !
RUN : Oui, c’est vrai … Je me suis posé pas mal de questions avant de lancer cette idée, mais la raison est simple : A peine le tome 2 terminé, j’ai été appelé à travailler six mois aux côtés de Tot chez Ankama Animations, qui lançait la pré-production de la série animée Wakfu. J’ai accepté, bien qu’un peu perturbé : je me disais que la sortie du tome 3 allait de ce fait être reculée d’au moins six mois… Bicargo quant à lui était à la recherche d’un scénariste pour une bande dessinée. Comme il a un style bien orienté comics old school, j’ai eu l’idée de lancer ce tome 0 avec lui. De cette manière, il a bossé 6 mois dessus pendant que j’étais indisponible, et je l’ai rejoint une fois ma mission sur le dessin animé terminée pour continuer l’album. Au final, il a fait la moitié de la BD, et moi l’autre. J’avais peur que ce tome soit un peu déroutant pour le lecteur, mais avec le recul, je trouve que ça a été une très bonne idée. C’est pour l’instant l’opus de Mutafukaz que je préfère, et ça laisse le lecteur encore un peu plus sur le cliffhanger du tome 2 sans pour autant le frustrer…
AE-Le tome 1 était assez particulier dans le paysage éditorial français, les bonus, les fausses pubs, est-ce qu’il en est de même pour ce tome 0, et quelles sont les singularités de ce tome ?
Bicargo : La singularité de ce tome sera le traitement N&B de la grande majorité de l’histoire, mais dans l’esprit on reste absolument fidèle aux autres tomes de la série.
RUN : Je dirais même qu’on est allé encore plus loin ! En plus d’être la genèse de l’univers de Mutafukaz, ce tome 0 est notre hommage aux comics américains du Golden et Silver Age, ainsi qu’aux formats de poche de science fiction et d’horreur de notre enfance...
Bicargo : Oui, nous avons mis dans cet opus pas mal de clins d’œil sur ce que nous lisions lorsque nous étions gosses, les BD N&B de Comics Pocket, Artima (Sidéral, Etranges Aventures…), Mécanique Populaire… RUN à tout un tas de bouquins sur divers sujets, les OVNI, les uniformes de la 2ème guerre mondiale, la conquête spatiale…
RUN : C’est vrai. De plus la lune tient le premier rôle dans le tome 0, et j’étais content d’avoir dans ma bibliothèque un bouquin scientifique de 1937 dont c’est le sujet, dans lequel ils se demandent encore si elle est habitée, ou pas. Ce genre de livre pittoresque et témoin d’une époque a été très profitable pour le projet…
AE-Bicargo, as-tu ressenti de la pression à mettre en chantier un nouvel opus de Mutafukaz ?
Bicargo : Oui et non. Je ne suis pas de nature anxieuse, et c’est mon 1er album. C’est très agréable de réaliser un 1er album dans lequel je retrouve le genre d’univers qui me plaît. Ce n’est en aucun cas un travail de commande fait de contraintes et compromis, et ça fait vraiment du bien ! Je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui attendent ce tome, et j’espère ne pas décevoir les fan de Mutafukaz.
RUN : Je pense que ça ne sera pas le cas, Mutafukaz doit avoir le public le plus ouvert de France ! (rires)
AE- Travailler ensemble pour des loups solitaires comme vous n’a pas dû être aisé … Comment vous êtes-vous réparti les tâches ?
RUN : Pour mes planches persos c’était free-style, comme d’habitude. Sur les planches de Bicargo, la collaboration s’est faite super naturellement… Je suis le scénariste du tome 0 et je savais ce qu’on devait y raconter. En général je jouais les scènes à Bicargo, j’observais ses réactions et j’écoutais ses remarques éventuelles. Si ça lui plaisait, je découpais les scènes en question de manière grossière, et je lui laissais le soin de les traduire à sa façon. Pour les textes, pareil, on voulait un traité super vieillot dans la narration. Je commençais, je posais les premiers dialogues, et on rebondissait dessus jusqu’à ce que ça marche parfaitement. Je pense que ça a été une expérience super bénéfique pour tous les deux.
Bicargo : Ouais, tu parles ! (rires)
AE- RUN, que peux-tu nous dire sur le tome 3 de Mutafukaz ?
Le tome 3 sera l’opus décisif de la série. Il sera riche en révélations, et je pense qu’il ravira les fans de la première heure !
juin 2008