AE : Salut Cafard ! C’est ta première BD, peux-tu te présenter ?
Salut, alors voila, on m'appelle cafard mais ça n'est bien sur pas mon vrai nom. J'ai une formation de graphiste à la base, et j'ai bossé cinq ans en tant que tel. C'était intéressant mais pas passionnant à vrai dire...
Alors j'ai fini par tenter le coup dans la bédé, parce que j'aime raconter des histoires et inventer des personnages.
AE : Comment décrirais-tu ta BD ? Peux-tu partager son résumé avec nous ?
C'est une histoire à double entrée. La première se déroule à notre époque et suit les déambulations moroses de Jérôme, un mec qui vient de se faire plaquer par sa copine. L'autre, plus fantasmagorique, raconte le parcourt d'un régiment de soldats farfelus style Dix-neuvième siècle coincés dans une guerre de tranchées, menés par un petit colonel égoïste et incapable. Petit à petit, les deux histoires se mettent en parallèle autour du thème du retranchement, chacun se trouve coincé dans sa situation et la voit pourrir peu à peu.
AE : Comment t’est venue l’idée de cette histoire réaliste qui tend vers un imaginaire surréaliste ?
Assez naturellement en fait, c'était assez instinctif ; je n'arrivais pas à raconter l'un sans l'autre. L'idée c'était de confronter visuellement le quotidien à un univers métaphorique pour souligner la banalité du réel. Ce monde parallèle un brin absurde collait bien aux fantasmes d'un Jérôme déprimé.
AE : Tu sembles maîtriser avec poésie les conflits intérieurs d’un cœur retranché sur ses positions !
Nan, je ne maitrise pas du tout, je bluffe tout le temps... Le truc, c'était de raconter les états d'âme d'un personnage isolé dans son mutisme. Après, l'enjeu reposait sur l'expression de son état intérieur, des représentations symboliques de ce qu'il ressentait. J'ai essayé de faire en sorte que les événements se répondent entre eux, sans que cela soit trop évident. Pour ça j'ai utilisé un rythme assez simple où on passe d'un univers à l'autre par tranches d'histoires, un peu comme un pendule, jusqu'à ce que toute l'horlogerie soit déréglée et que tout s'emmêle.
AE : Que représentent les soldats napoléoniens et ces hommes-machines dans ton univers fantasmagorique ?
Déjà, c'est un monde sans femme... Les soldats représentent le coté humain, ils sont râleurs, exaspérés, bagarreurs, lâches, égoïstes... Assez vains aussi, leurs uniformes compliqués et maniérés sont pas vraiment conçus pour la guerre de tranchée. Je ne suis pas féru de stratégie militaire mais je suis sûr que ca n’est pas le plus adéquat. Les hommes-machines, eux sont plus à percevoir comme des parasites, ils viennent perturber les tranchées et leurs expressions se résument à des bruits mécaniques incessants. Leur présence est aussi absurde que leur apparence.
AE : Le récit est centré sur le mal-être de Jérome, comment as-tu construit la narration pour justement ne pas tourner autour d’un seul protagoniste ?
C'est vrai que construire une histoire entière autour d'un personnage mutique et dépressif ça aurait été assez lourd et ennuyeux, mais touts les personnages secondaires sont une facette de Jérôme : le colonel incapable de prendre quoi que ce soit comme décision, un vétéran vieux bébé pleurnichard, un autre vantard et couturé de partout, un jeune officier candide et fraichement sorti d'école...
Sans oublier la clef de voute dans le monde de Jérôme, son ex', incarnée par un message sur le répondeur, une photo des jours heureux ou furtivement aperçue au coin d'une rue.
Aussi, l'absence est le personnage majeur de l'histoire, l'absence de celle qu'il aime pour Jérôme et l'ennemi qui n'arrive pas pour les grognards.
AE : Retranchés est une allégorie de la crise de la trentaine, y a-t-il un message caché ?
Ben, le message c'est peut-être que le mieux quand ce genre de chose arrive c'est de surtout pas allumer la télé....
AE : Ta BD est destiné à un public plus mature. De quel type d’auteur es-tu le plus proche ?
Aargh, y'en a trop... Au risque de surprendre je suis un gros lecteur de mangas. Akira, Dragon Ball, One Piece et Tezuka notamment. Après, je ne peux pas nier que Fred a irrémédiablement bouleversé mon imagination d'enfant...
AE : Une vision intimiste des sentiments où surgit le surnaturel ! Ton parti pris colle bien à la toile du Label Araignée. Comment s’est fait ta rencontre avec Ankama jusqu’à être édité dans ce nouveau label de la jeune maison d’édition ?
Ca a été un bienheureux coup de bol, en fait, c'est un ami qui a envoyé mon dossier (sans me le dire) à Ankama. Et puis avec l'éditeur on s'est plus, on a échangé mutuellement nos vœux de faire des trucs ensemble.
AE : Retranchés tient en un seul volume, comptes-tu nous proposer d’autres one-shot ou penses-tu à une série ? Quels sont tes projets ?
J'aimerai bien entamer une série, une histoire de pirates dans un monde rétro-futuriste, où je mélangerai les genres, aventure, steampunk, épopée, super héros...
Merci à Cafard pour cet entretien
Juin 2008