AE : Sébastien et RaphaëlB, en quelques mots, dites-nous qui vous êtes et présentez votre bande dessinée…
RB : Je suis un ex-ingénieur reconverti en dessinateur bd. J’ai 28 ans, « Ma vie de zombie » est mon premier album. J’ai connu Sébastien il y a quelques années via un forum BD sur le net. Il m’avait parlé de ce projet lors d’un festival, malheureusement un autre dessinateur devait alors le réaliser. Un an plus tard, comme le projet n’avait pas bougé j’ai récupéré le bébé et on connaît la suite !
SV : Nantais, 35 ans. J’ai deux métiers, concepteur de sites web et scénariste de BD. Présenter « Ma vie de zombie » en quelques mots n’est pas facile : c’est une BD de zombies mais pas seulement. Bien qu’ancré dans le genre, elle propose une vision différente, plus complexe, plus attachante, en abordant des thèmes difficiles, comme la Mort ou l’euthanasie, sans tomber dans la caricature ou la facilité.
AE : Les zombies sont plutôt à la mode en ce moment, comment situez-vous votre projet dans la déferlante mort-vivants ? (On aurait pu tomber dans une histoire de zombie classique, mais vous avez su éviter les clichés de l’horreur, pourquoi ce décalage avec le genre ?)
SV : le zombie est l'incarnation d'une peur primale de l'Homme : un être à la fois non-mort et non-vivant, situé à la frontière entre deux mondes indissociables et incompatibles. Cette peur est accompagnée du fantasme de côtoyer la Mort tout en restant "en vie". C'est ces deux facettes très ambivalentes que Raphaël et moi avons voulu explorer avec "Ma vie de zombie", en suivant la lente décrépitude du personnage principal, humain passant progressivement de vie à zombie.
RB : On espère en tout cas proposer quelque chose de différent sur ce thème. Le simple fait que les morts parlent change de l’ordinaire zombie. Je pense que les amateurs purs et durs seront agréablement surpris par la nouveauté, et que l’importance donnée aux personnages attirera le public non-initié.
AE : Le récit se situe en France, pourquoi ce choix ?
RB : L’ambiance française donne plus de personnalité à l’histoire, le ton intimiste s’épanouit plus dans cet univers familier. L’irruption du fantastique dans ce cadre est encore plus marquante.
SV : En plus, sans faire de chauvinisme à deux balles, c’est en France qu’on trouve les plus beaux cimetières du Monde ! Il suffit de visiter le Père Lachaise, dont le cimetière Saint-Antoine de « Ma vie de zombie » est inspiré, pour en être convaincu.
AE : La mort est au cœur du récit, comment est-elle traitée dans Ma vie de zombie ?
SV : La Mort est une entité bien trop importante pour qu'on se paie sa tronche. Du coup, on a humanisé à fond nos zombies : ils aiment croquer de la chair tendre et chaude, mais ils parlent, ont des désirs clairs, des sentiments. Parfois, ils sont plus humains que les vivants eux-mêmes. Ils ne sont pas de simples faire-valoirs prétextes à des scènes gores.
RB : En ce qui concerne la représentation de la mort, c’est à dire le dessin des zombies, je voulais quelque chose...de très vivant. Quand on se promène dans un cimetière, lieu de souvenir et de témoignage, on ressent les existences passées de tous ces morts. C’est exactement ce sentiment que je voulais créer avec nos morts-vivants. Finalement, ce sont presque plus des fantômes que des zombies !
AE : On se sent proche du personnage principal, parlez-nous de son caractère ?
RB : Léon est le gardien du cimetière. Je le vois comme une sorte d’ermite cultivé : pas de télévision, beaucoup de livres chez lui, une vie simple et modeste. Son travail l’a rendu cynique, mais ce n’est pas non plus un sociopathe : il est poli avec les visiteurs, flirte gentiment avec Alice, et s’entend bien ave les gens en général, sauf avec son frère. Physiquement ses oreilles décollées et son nez caractéristique le rendent attachant. Il est plutôt bien bâti, athlétique, il a du charme.
AE : Peut-on parler de récit intimiste ?
RB : Oui... C’est vraiment une bd qui est à la fois un récit intimiste et un récit horrifique. Les deux aspects sont développés. On retrouve les codes du genre (la pelle, la cervelle qui gicle, etc.), mais tout cela n'est que prétexte pour parler de Léon et de sa nouvelle condition.
AE : Ma vie de zombie mêle sur un ton décalé et humoristique : récit fantastique, réflexion sur la Mort, et cadavres ambulants. Êtes-vous prêt à nous surprendre au prochain tome ?
RB : Oh oui, le tome suivant fait très fort ! Il conserve le ton intimiste et l’humour pince sans-rire de cet album, mais avec une histoire encore plus riche et multithématiques: querelles amoureuses, soif de liberté, luttes de pouvoir, manipulation idéologique... Il y aura plus de personnages, plus de zombies, plus de sexe...Et bien sûr, des dessins encore plus beaux.
SV : Et pour tout album acheté, une nuit avec le cadavre de votre choix, offerte par Ankama !