AE : Pouvez-vous vous présenter ? Qui fait quoi ?
Lou : Je suis coscénariste mais ma spécialité est la couleur. Sur le tronçon commun de l’écriture, des dialogues, du découpage, et du story-board ; notre travail est tellement entremêlé qu’il s’avère impossible de répondre précisément.
Nikopek : Je suis le dessinateur et le coscénariste. L’idée originale vient de mon cerveau, mais comme mon cerveau a des trous, l’histoire en avait également. Les neurones de Lou ont pu combler ces vides ! Sacré travail d’équipe !
AE : Des zombies et de la musique américaine des fifties. Quelle mixture décalée et improbable !
Lou : Pas tant que ça, au contraire ! Il s’agit d’une sorte de retour aux sources. Le mythe du zombie a connu un mini-boom dans les B.D. américaines et le cinéma drive-in des années cinquante / soixante, bien avant Romero ou la vague italienne des années soixante-dix.
AE : D’où vous vient cette idée de confronter Elvis à des zombies ?
Lou : Attention, Elvis n’est pas confronté à ces créatures ! Ce n’est pas une histoire sur ou avec le King, ou bien encore un zombie-slasher avec ce rocker mythique. En fait, nous présentons surtout une confrontation entre le rock’n’roll et les zombies (et les hommes, forcément). Un choc des cultures, des modes de vie et des préjugés…
Nikopek : Yep ! Je répondrais que je suis un véritable geek de films fantastiques, d’horreur, d’épouvante, gore et Z. Et bien sûr de rockabilly, de punk, de psychobilly, etc. Donc, pour moi, la confrontation était inévitable !
AE : On connait le rock, mais pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le rockabilly et le psychobilly ?
Lou : Ouh là… Si je vous dis « Wikipédia » ?
Nikopek : Cool, je vais pouvoir répondre à une question et pas Lou. Le rockabilly ou hillbilly rock a vu le jour à Memphis au milieu des années cinquante. C’est une musique qui a été grandement influencée par la country (musique de rednecks*) et par le blues. Le psychobilly a été inventé à la fin des années soixante-dix par les Meteors. C’est une sorte de rockabilly électrique et survitaminé, dont les paroles sont inspirées du cinéma fantastique, de science-fiction et d’horreur de série Z.
* Américains assez pauvres, vivants en milieu rural.
AE : L’album sera-t-il vendu avec un CD d’Elvis ?
Lou : Ça risque d’alourdir sacrément la note, sans parler des royalties. Mais j’avoue que l’idée m’a déjà effleuré l’esprit. J’en ai déjà parlé avec mon collectif. Nous avons envisagé plusieurs types de projets. Soit faire une compilation de rockabilly bien old school, soit faire une bande-son originale collant à la peau de l’histoire, et qui lorgnerait certainement plus du côté d’un son électrockabilly (si on peut appeler ça comme ça).
Nikopek : Rha là làààà, ça serait le pied ça ! Une compile avec l’album… le rêve ! Pour une première B.D., je ne pourrais espérer mieux ! Euh si, être exporté aux U.S.A. ! Et comme le dit Lou, faire une bande originale ça serait encore mieux. Il existe de trèèèès bons groupes de rockabilly / psychobilly en France. The Lucky Devils (qui sont de Lille), Astro Zombies, etc.
AE : Est-ce une B.D. drôle ou sérieuse ?
Lou : C’est une B.D. rock’n’roll. Le fond est dramatique, mais la forme est fun.
Nikopek : Sérieuse avec du drôle dedans !
AE : Le contenu peut-il choquer certains lecteurs ?
Lou : Quelques scènes gores, histoire de jouer avec les codes, mais rien de plus. Pas de quoi l’interdire au moins de dix-huit ans en tout cas.
Nikopek : Quelques scènes avec du sang qui gicle et qui tache, de la tripaille qui vole et de la cervelle dévorée, rien de bien choquant…
AE : Vous reprenez tous les codes des films de zombie, vous êtes fans ?
Lou : Je ne suis pas certain de les reprendre tous. Il y en a, mais c’est pour mieux s’en éloigner, pour mettre en valeur quelques idées fraîches. Certains sont aussi là pour « l’inconscient collectif », afin de solidifier un univers doté d’une culture déjà bien implantée. Mais je ne suis pas non plus un fanatique du zombie, qui connaît tout sur tout, alors peut-être que je me trompe. Cependant, j’ai toujours été très attiré par le cinéma de genre.
Nikopek : Je peux dire aussi que je suis attiré par les films de zombie sans être un fan hardcore. Remarque, en y réfléchissant bien, je ne dois pas en être loin…
AE : Êtes-vous déjà allés aux U.S.A. ? Vous avez été enlevés par des rednecks ? Vous avez été traumatisés là-bas ? Pourquoi cette thématique ?
Lou : Parce que l’univers des rednecks me fait royalement triper, j’adore ça. Leur musique, leur gueule, leur connerie, leur mode de vie et le mythe tout autour. C’est parfait pour une histoire d’antihéros.
Nikopek : Je ne suis jamais allé aux U.S.A… Enfin j’crois pas ! Mais j’aimerais bien. Peut-être parce que les États-Unis et ces gens-là me fascinent et me font triper… Sûrement la conséquence d’un trop plein de Starsky et Hutch, K2000, L’Homme qui tombe à pic, L’Agence tous risques, V : les visiteurs et autres MacGyver… et bien sûr, La Petite maison dans la prairie ! Franchement !! Pays de malades !
AE : Est-ce une B.D. musicale ? (Notion du rythme dans le découpage graphique.)
Lou : Si on entend par là que c’est une sorte de comédie musicale en B.D. : non ! Sans même parler musique, et indépendamment de notre B.D., le rythme est un ingrédient très important, autant dans la narration que dans le reste (composition du dessin, des plans, des « chemins de lecture », de l’écriture même d’une scène, d’une histoire, de la couleur…). Tout ça repose sur des principes très similaires.
Nikopek : Pas mieux ! Bon Lou, t’arrêtes de trop bien répondre !
AE : Est-ce un Rocky Horror Picture Show en B.D. ?
Lou : Non, pas du tout ☺ Sauf peut-être dans le délire déjanté.
Nikopek : Pas vu ce film… Je sais, honte sur moi !
AE : Est-ce le début d’une longue aventure ? Ou un one-shot ?
Lou : Non, pour ma part c’est un double album one-shot, une tranche de vie dans un univers particulier. Je n’aimerais pas trop le voir s’étendre sur plusieurs albums. Je pense que garder ces « balises » d’un récit unique renforce justement cette histoire.
Nikopek : Ce sera un one-shot en deux tomes… J’ai des petites idées pour une éventuelle suite, mais comme le dit Lou, le fait de garder cette histoire en diptyque ne fera que renforcer son univers. Par la suite, j’aimerais bien m’attaquer à autre chose. Pourquoi pas de la S.F., ou un western, autres thèmes que j’affectionne beaucoup.
AE : Lors de votre rencontre, comment Elvis en est venu à vous parler de ses aventures d’outre-tombe ?
Lou : Je crois surtout qu’il était bourré et qu’il s’est bien foutu de notre gueule.
Nikopek : Remarque, on était bien bourrés aussi ! ^^
AE : Qu’aimez-vous chez les zombies et que répondez-vous à la question « Encore une B.D. de zombie » ?
Lou : Hormis leurs haleines, j’aime bien leurs particularités sociologiques, métaphysiques… Par rapport aux monstres concurrents, ils sont les seuls à les cumuler. Ils amplifient la part la plus primitive et bestiale de l’Homme. Ils nous questionnent sur la valeur de l’âme face à la mort, sur celle de la vie face à l’humanisme. Le zombie incarne le conflit entre la nature et la culture et s’attaque à nos notions de morales. Quant à l’autre question, je répondrai : « Encore une ! »
Nikopek : Ça va être dur d’expliquer ce que j’aime chez eux. Mais je dirais un peu comme Lou. Les zombies sont bien plus terrifiants et effrayants que n’importe quels monstres ou aliens. Et puis, faut dire que j’aimerais bien en éclater quelques-uns ! ☺ À par ça, les effets spéciaux et maquillages me fascinent. Encore une B.D. de zombie ? Peut-être, mais avec du rock’n’roll dedans ! Non, sans déc’, il n’y en a pas tant que ça ?! D’heroic fantasy, o.k., mais de zombie… ?
Merci à Nikopek et à Lou !
Décembre 2008